Le projet Neom n'a pas fini de faire parler de lui, et ce ne sera pas toujours en terme élogieux. La construction de cette mégacité futuriste se fait au détriment des droits les plus fondamentaux de tribus ancestrales, intimidées et chassées de leurs terres par la force des armes.

Des internautes ont diffusé sur les réseaux sociaux des vidéos montrant le début de l'expulsion par le régime des Saoud de la tribu Al-Huwaitat. On y voit des explosions et des coups de feu tirés au hasard pour intimider les résidents de la tribu - situés dans le périmètre d’Al-Khurayba, sur la côte de la mer Rouge, dans le coin nord-ouest du royaume saoudien -, afin qu'ils quittent leurs maisons et leurs biens pour laisser place à la construction de la mégalopole High Tech.

Une situation qui a eu un retentissement médiatique important, notamment grâce au témoignage d'Abdel Rahim El Huwayti, un citoyen saoudien tué sur le sentier de NEOM, qui dans une vidéo apparue sur Twitter le 12 avril, a dénoncé les exactions et les manipulations fomentées par Mohamed Ben Salmane. Il a notamment pressenti que son opposition au régime saoudien conduirait à son assassinat et qu'on le ferait passer pour un terroriste. Des pratiques semblables, selon lui, à celles que Sissi auraient mises en oeuvre envers son peuple. L’Égypte a en effet cédé une partie de son territoire pour le projet Neom, elle a donc procédé à l'expulsion d'habitants et aurait assassiné les récalcitrants sous couvert de terrorisme, toujours selon les propos rapportés par Abdel Rahim El Huwayti : "Je ne serai pas étonné qu'ils me tuent maintenant dans ma maison et qu'ils mettent des armes chez moi comme ils l'ont fait en Égypte. Ils tuent les citoyens, jettent des armes chez eux et disent que ce sont des terroristes".

C'est en janvier dernier que le régime des Saoud a annoncé son intention de commencer à construire la ville de Neom. Dans un communiqué, une organisation saoudo-européenne des droits de l'Homme avait déjà mis en garde contre les "dangers de telles actions". Elle a condamné "les expulsions forcées des autorités saoudiennes envers les habitants de la tribu Al-Huwaitat et autres résidents locaux qui sont touchés par les projets de création de la ville de Neom et forcés de se déplacer". Et d'ajouter que le projet était mis en œuvre "en violant les droits des peuples autochtones et en chassant de force des milliers de personnes de leurs maisons ancestrales".

L'organisation a critiqué les entreprises internationales qui aident et incitent à cette campagne criminelle. Selon les fuites analysées par le Wall Street Journal, le Boston Consulting Group (aux États-Unis) est impliqué dans la campagne de relocalisation des locaux. Le journal a également rapporté que le Royaume avait financé le projet NEOM en partie grâce à un prêt de 45 milliards de dollars du groupe japonais SoftBank, car le gouvernement n'avait pas assez d'argent pour démarrer son projet.

Aussi, l'organisation appelle toutes les entreprises à rester à l'écart du projet jusqu'à ce que le régime des Saoud abandonne ses pratiques féodales et négocie avec la population locale, y compris la tribu Al-Huwaitat. Le dénouement se trouvant vers une solution qui permettrait à la population locale de préserver ses droits fondamentaux sur cette terre ancestrale.

Ce n'est pas la première fois que le régime des Saoud détruit au bulldozer des terres indigènes au nom du "progrès". Sur la côte opposée, le gouvernement a détruit le quartier historique Al-Musawra d'Al-Awamiya, en représailles aux protestations en cours dans la région. Peu de temps après, ils ont pris le contrôle de l'arrêt Al-Rams dans la même ville, expulsé des centaines d'agriculteurs et procédé à sa démolition. Il continue de planifier la destruction de plusieurs territoires dans la même zone.

La terre désignée pour la construction de Neom est déjà habitée depuis des siècles par des tribus. Les personnes qui dirigent la tribu Al-Huwaitat vivaient et cultivaient la terre, bien avant que la famille Saoud ne crée son autorité au pouvoir et ne constitue son royaume.

Malgré le fait que la tribu Al-Huwaitat ait un droit de primauté compte tenu de l'occupation de ces terres qui précède de loin l'existence de la monarchie des Saoud, cette dernière estime qu'elle a le droit d'utiliser ces terres pour poursuivre ses projets. Par conséquent, au moins 20 000 personnes associées à la tribu Al-Huwaitat perdront leurs maisons au cours du processus.

Le gouvernement saoudien accomplit son transfert forcé de la tribu Al-Huwaitat et d'autres résidents locaux sous le prétexte de son droit à la propriété. Une excuse qui masque la violence implicite à laquelle il se livre et les souffrances réelles de la population. Par le biais du droit à la propriété, la monarchie revendique une autorité légale sur les terres et indemnise les détenteurs existants. Le tout sous le coup de la menace d'utiliser le pouvoir armé de l'État en cas de non-respect.

Le droit des peuples autochtones à la libre jouissance de leurs terres est un droit incontestable et fermement ancré dans le droit international. La Déclaration universelle des droits des peuples autochtones pour laquelle le Royaume d'Arabie saoudite a voté en 2007, stipule à l'article 10 que «les peuples autochtones ne peuvent pas être expulsés de force de leurs terres ou territoires".

Le transfert vers un nouveau lieu ne peut se faire sans que les peuples autochtones concernés aient exprimé leur consentement libre, préalable et éclairé et après avoir accepté une compensation juste, équitable et accepté, si possible, l'option de retour.

Les membres de la tribu Al-Huwaitat ont tenté de négocier avec le gouvernement pour parvenir à un compromis qui leur permettrait de continuer à profiter de leurs terres sans nuire au projet NEOM. Peu de temps après l'annonce du projet, les résidents locaux ont rendu visite au prince Fahd bin Sultan, le gouverneur administratif de Tabuk, pour faire pression quant à leur droit de résider. Le prince a déclaré qu'il ne pouvait pas les aider à défendre leurs terres contre le gouvernement.

Il semble donc que ni le droit international, ni la morale ne puissent détourner MBS de l'appropriation de ces terres qui renferment en leur sein la terre sacrée du Mont Sinaï. L'annonce officielle par les autorités saoudiennes devrait d'ailleurs se faire incessamment sous peu.