Indispensable à l’équilibre des écosystèmes, l’eau douce, ce « patrimoine commun de la nation », comme le définit la loi de 1992, se raréfie. Le terme n’est pas anodin, il évite l’emploi du terme « bien », qui suppose une valeur marchande alors que l’eau a une valeur symbolique.

Ne pensez pas que notre ressource en eau douce soit infinie, elle ne représente que 0,007% de la masse terrestre. Même si un tiers de la population mondiale n’a toujours pas accès à l’eau potable, la consommation mondiale est galopante. Entre 1900 et 1995, la population mondiale a été multipliée par 3,4 tandis que dans le même temps, la consommation mondiale d’eau a été multipliée par 6. Ainsi, l’offre en eau potable baisse tandis que la demande explose.

Réunis à Stockholm à l’été 2017, 3200 experts tiraient la sonnette d’alarme sur les causes de la raréfaction de l’eau.

Le réchauffement climatique provoqué par les émissions de carbone perturbe l’écoulement des sources et aggrave la sécheresse des terres. Le dérèglement climatique modifie la répartition des pluies, soumettant certaines zones du globe à des inondations, comme au Bangladesh et d’autres zones à la sécheresse et à la désertification, comme en Afrique subsaharienne, au Moyen-Orient et en Amérique, entraînant des conditions de vie misérables pour les populations.  De plus, l’épuisement des nappes phréatiques accentue les risques de séisme.

La pollution de l’eau par le rejet de substances toxiques industrielles ou pharmaceutiques dans les nappes phréatiques entame nos ressources en eau potable, alors qu’il est prévu une explosion de la consommation en eau d’ici à 2050 avec une augmentation de 2,3 milliards de la population mondiale.

Face à la raréfaction de cet or bleu, quelles sont les solutions que nous pouvons adopter au niveau privé, étatique et global ?

La Drop Dead Foundation a sauvé plus de 10 millions de litres d’eau en réparant gratuitement des robinets défectueux. Les fuites et les pertes d’eau représentent en moyenne près de 20-30 % de la consommation d’eau dans le monde ! Deux ingénieurs japonais ont mis au point un appareil permettant de prendre 50 douches avec seulement 20 litres d’eau, quand une douche classique consomme en moyenne 80 litres. Un ingénieur chimiste mexicain, Sergio Rico a mis au point un système de solidification de l’eau de pluie qui pourrait révolutionner l’agriculture. Des entreprises ont inventé un système pour récupérer l’eau présente dans l’air,  des filets pour piéger le brouillard et alimenter en eau les agriculteurs. La start-up française Sunwaterlife conçoit, fabrique et commercialise des systèmes de purification d’eau autonomes, transportables et alimentés par des panneaux solaires à destination des pays en voie de développement.

La mégalopole Tokyo -14 millions d’habitants- réutilise l’eau de pluie, tandis que certains élus à Honolulu ou à New Delhi recyclent les eaux usées.

Le dessalement de l’eau de mer est parfois présenté comme la solution miracle par les pays qui y ont recours, alors qu’il présente des inconvénients notoires. Il consomme beaucoup d’énergie, plus que pour le traitement des eaux usées. Dans la technique d’osmose inverse ou d’hyper filtration, par exemple, l’eau salée est projetée sous haute pression à travers des membranes semi-perméables qui sont à changer tous les 3 à 5 ans, ce qui la rend inaccessible aux pays pauvres à cause de son coût. Les pays pétroliers comme l’Algérie, les pays du Golfe ou des pays riches comme Israël, l’Espagne, l’Australie, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Chine ont investi dans ce domaine, mais l'Arabie saoudite reste le plus gros producteur de centrales de dessalement au monde où, comme dans les pays voisins, l’eau potable provient à 70 % du dessalement.

Cette solution a également un impact sur l’environnement. En effet, toute unité de désalinisation est couplée à une unité de production d’énergie, laquelle émet des gaz à effet de serre. Par ailleurs, lorsque l’eau est captée au large, les écosystèmes marins sont perturbés par l’aspiration des micro-organismes dans les circuits d’eau et par la forte concentration en sel dans les eaux rejetées par les centrales de dessalement. En Arabie saoudite, ces rejets ont transformé la côte en un désert sans vie…

Au mois de février 2020, dans le cadre du projet d’implantation de la méga cité NEOM dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, un accord a été signé avec la britannique Solar Water pour la construction de la toute première usine de dessalement basée sur la technologie du « dôme solaire ». Fin 2020, il devrait en sortir 800 litres d'eau potable par jour à partir de l’air humide. Du calcium, du magnésium et des sulfates seront ajoutés pour minéraliser l’eau après sa purification. Cette technologie est décrite comme révolutionnaire ; le recours à l'énergie solaire pour l'extraction de l'eau est présenté comme une technique à faible coût et respectueuse de l'environnement.

Malheureusement, les promesses du dessalement ont été trompeuses jusqu’à présent. Le recours au dessalement avec ses effets désastreux sur l’environnement est en réalité un moyen d’éviter de résoudre les problèmes de l’eau. Dans certains pays, les réseaux d’acheminement de l’eau ne sont pas entretenus. Dans d’autres, l’eau est gaspillée en raison des modes de vie et de production adoptés. Enfin, chacun d’entre nous a le devoir d’éliminer les gaspillages en traquant et en réparant les fuites, tandis que nos politiques doivent sensibiliser les usagers sur une meilleure maîtrise de la consommation et établir un véritable programme de gestion de l’eau. En l’absence de mouvements individuels et collectifs, les perspectives sont catastrophiques au niveau sanitaire, économique et géopolitique. Vu le rythme de la consommation mondiale, le prix de l’eau douce aura dépassé celui du pétrole dans moins de 50 ans.

Parmi les signes eschatologiques islamiques, le Messager de Dieu Mohammed aurait dit que « l’Heure ne se lèvera pas jusqu’à ce que (l’eau) de l’Euphrate séchera et une montagne en or apparaîtra alors. Lorsque les gens en entendront parler, ils se dirigeront vers elle, ils s’entretueront à cause de cet or. Sur chaque cent hommes, quatre-vingt-dix-neuf seront tués et chaque homme dira : Peut-être que c’est moi qui sera sauvé. » Ce récit nous alerte sur la pénurie d’eau qui nous guette si nous ne prenons pas les bonnes mesures rapidement.

A l’heure actuelle, seuls 20% des eaux usées sont collectés et traités dans le monde. Nous avons donc de quoi faire ! N’oublions pas, nous ne fabriquons pas l’eau, nous nous partageons ce patrimoine.

NEOM : Dôme solaire pour un projet de dessalement écologique