Benyamin Netanyahou s’était envolé, le 22/11/2020, à bord d’un jet privé avec Yossi Cohen, le chef du Mossad, services de renseignements extérieurs israéliens (Voir l'article), pour se rendre à NEOM, ville futuriste située dans le nord-ouest de l’Arabie saoudite, non loin de la frontière avec Israël. Il y avait rencontré Mohammed ben Salmane (MBS) en présence du secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, qui achevait une tournée au Proche-Orient. Si le prince héritier a fait plusieurs fois et secrètement le même trajet en sens inverse pour se rendre à Tel-Aviv, c’était la première fois qu’un Premier ministre israélien se rendait en Arabie saoudite.

Les discussions auraient porté sur une future normalisation des relations entre Israël et l’Arabie saoudite ainsi que sur l’attitude à adopter face à l’Iran, leur ennemi commun. Cependant, pour ne pas s’attirer les foudres de l’opinion publique saoudienne en raison de la question palestinienne notamment, Mohammed ben Salmane ne souhaite pas encore normaliser les relations avec Israël. En attendant, il recourt aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Soudan comme plaques tournantes pour renforcer son partenariat tacite avec Israël. En effet, la normalisation est une étape nécessaire à la poursuite du projet NEOM, auquel Mohammed ben Salmane compte bien intégrer Israël.

Cette normalisation permet à Israël et à l'Arabie saoudite d’établir une alliance économique. Israël peut s’avérer être un partenaire non négligeable dans le projet Vision 2030 et apporter sa technologie, son expertise et son innovation dans les domaines de cybersécurité, Intelligence artificielle et Big Data pour aider le royaume saoudien à tourner la page de sa dépendance à l’or noir. De son côté, Benjamin Netanyahou pourra se targuer d’avoir noué des relations économiques et diplomatiques avec l’Arabie saoudite sans faire de concessions territoriales aux Palestiniens.

Quoi qu’il en soit, la création de ce projet gigantesque ne sera possible qu’avec une reconnaissance de Tel-Aviv par l’Arabie saoudite. Des dialogues secrets ont été effectués entre Tel-Aviv et Riyad sur la participation d’Israël au projet, comme l’a dévoilé le journal Haaretz.

Le Jerusalem Post rapportait dans ses colonnes, il y a 3 ans déjà, la volonté des sociétés israéliennes d’investir dans le projet NEOM et de coopérer avec le royaume saoudien pour construire un avenir commun. C’est le cas de la société suisse AGT spécialisée dans la sécurité, qui avait l’intention d’investir dans le projet NEOM et dont le directeur général est Mati Kochavi, un homme d’affaires américano-israélien. Au total, dix sociétés privées et publiques affiliées au ministère israélien des Affaires militaires et qui travaillent déjà dans des pays arabes du golfe Persique, avaient annoncé qu’elles étaient prêtes à s’engager dans le projet NEOM.

La même année, le transfert des îles de Tiran et Sanafir à l’Arabie saoudite avait provoqué un tollé en Égypte. Ces îles ont été intégrées au projet NEOM pour former une zone sécurisée au nord-ouest de l’Arabie saoudite. Située à moins de 300 kilomètres d'Israël, NEOM favorise le partenariat entre les deux pays grâce à la création d’un « Silicon Wadi » israélo-saoudien calqué sur le modèle de la Silicon Valley et permettra aux Israéliens de se rendre plus facilement en Arabie saoudite pour y faire des affaires ou du tourisme, religieux ou culturel. De plus, NEOM sera administrativement autonome, cela signifie qu’elle ne dépendra pas de l’administration saoudienne sous l’influence des chefs religieux.

Les entreprises israéliennes bénéficieraient d’un nouveau marché, tandis que NEOM gagnerait en développements technologiques. C’est aussi ce qu’avait affirmé l’ancien parlementaire et président de la société israélienne Jérusalem Joint Venture, Earl Margalit lors d’une conférence régionale au Qatar en novembre 2017. Ancien membre de la sous-commission sur la cybersécurité, M. Margalit avait souligné que les entreprises de cybersécurité israéliennes avaient aidé la société pétrolière et gazière saoudienne Aramco lorsqu’en 2012, elle avait dû faire face à une cyberattaque qui l’avait privé de toutes ses ressources informatiques.

Google prévoit d’interconnecter l’Arabie saoudite et Israël grâce à des câbles sous-marins géants en fibre optique reliant l’Inde à l’Europe, dans le cadre d’un vaste projet d’infrastructure Internet Blue Raman. Rappelons ici deux projets, alternatives au Canal de Suez : le premier révélé en 2017 pour la réalisation d’une ligne de chemin de fer à grande vitesse entre les deux pays appelé Red-Med, desservant les autres pays du golfe Persique et rendant NEOM plus attractif du point de vue logistique auprès des investisseurs, et le second concernant la construction d’un pont de quelques dizaines de kilomètres qui reliera NEOM à l’Égypte et permettra la circulation aussi bien de trains que de véhicules. Cependant, sa construction est conditionnée par l’accord du régime israélien parce que, conformément à l'accord de Camp David, Israël peut avoir accès à la mer Rouge via le port d’Eilat dans le golfe d’Aqaba. Ces deux projets ne sont pas pour déplaire à la Chine, qui est constamment à la quête de nouveaux couloirs de transport afin de ne pas dépendre d’un seul couloir ou moyen de transport.

Du point de vue stratégique, l’intégration d'Israël au projet NEOM est un point attractif pour les investisseurs dans la mesure où il permet de contourner le Canal de Suez et de servir d’ouverture sur la Méditerranée pour le commerce international, point non négligeable dans un monde multipolaire.